
Madame la Ministre de la Planification et de la Coopération externe ;
Monsieur le Ministre du Commerce et de l’Industrie ;
Madame la Directrice générale du Centre de Facilitation des Investissements, dont j’apprécie particulièrement l’attention qu’elle me témoigne aujourd’hui ;
Mesdames et Messieurs les Directeurs généraux du Ministère de l’Économie et des Finances, de la SONAPI, de l’Institut haïtien de statistique et d’informatique, de l’Inspection générale des finances, du secteur du tourisme et des zones franches ;
Mesdames et Messieurs les partenaires du secteur privé ;
Chers amis du CFI ;
Distingués invités,
Je vous remercie de me donner la parole à l’occasion de la célébration des 20 ans de notre CFI.
Pour moi, cet anniversaire n’est pas seulement un moment commémoratif. Il revêt une dimension institutionnelle, politique et profondément collective.
En 2006, lorsque le CFI a vu le jour, notre pays, Haïti, faisait face à une réalité bien connue : un besoin urgent d’investissements, mais également un environnement incertain pour celles et ceux qui souhaitaient s’engager et entreprendre.
La création du CFI n’était donc pas simplement un acte administratif. C’était un choix politique assumé : celui de faire de l’investissement un instrument structurant du développement et de permettre à l’État haïtien de dialoguer avec les investisseurs de manière plus professionnelle.
Il s’agissait également de rompre avec une ancienne logique, celle selon laquelle l’investisseur devait se débrouiller seul dans un système complexe, tandis que l’administration fonctionnait trop souvent en silos.
Une vision fondée sur trois principes
En tant que premier Directeur général du CFI, à la tête d’un conseil d’administration composé de représentants des secteurs public et privé, notre vision reposait sur trois principes fondamentaux.
Le premier était la crédibilité institutionnelle, c’est-à-dire la nécessité d’inspirer confiance aux investisseurs.
Le deuxième était l’intermédiation intelligente : il ne s’agissait pas de remplacer les ministères ou les institutions compétentes, mais de coordonner, de traduire et de fluidifier les relations entre les différents acteurs.
Enfin, le troisième principe concernait naturellement l’intérêt national. L’investissement devait créer des emplois, structurer des filières et renforcer les capacités nationales.
Comme dans toute création institutionnelle, nous avions également identifié un certain nombre de contraintes qui ont représenté, pour nous, une véritable école institutionnelle.
Nous avons travaillé dans un contexte difficile, marqué notamment par un cadre juridique incomplet, des procédures longues, une culture administrative parfois peu orientée vers le service ainsi que l’instabilité politique.
Mais ces contraintes ont constitué une véritable école de gouvernance.
Car bâtir une institution en Haïti, ce n’est pas importer un modèle clé en main. C’est l’adapter, négocier, former et persévérer.
Et comme dans tout processus institutionnel et politique, le changement suscite parfois des résistances, particulièrement lorsqu’il implique une transformation profonde de la culture institutionnelle.
Au départ, tout le monde ne comprenait pas nécessairement la dynamique du changement que nous souhaitions instaurer.
Nous avons rencontré des résistances au sein de l’État, mais également dans le secteur privé.
Certains considéraient le CFI comme un organisme de plus. D’autres y voyaient un acteur susceptible de bousculer certaines habitudes et d’exiger davantage de transparence.
Pourtant, le CFI n’a jamais été une institution créée contre l’administration publique, et il ne l’est toujours pas aujourd’hui.
Il s’agit d’une institution qui vise à rendre l’écosystème de l’investissement plus certain, mieux coordonné et plus efficace.
Nous étions engagés dans une réforme culturelle : passer d’une logique de contrôle dispersé à une véritable logique de service public économique, au bénéfice du pays.
L’appui du secteur privé et les défis rencontrés
Je n’oublie pas non plus l’appui du secteur privé.
Je me permettrai de citer l’un de ses acteurs : l’Hôtel Montana qui, dans un bel élan de solidarité, nous avait offert un espace afin de nous rapprocher davantage des investisseurs, à l’image de certaines expériences observées à Singapour et aux Philippines.
Malheureusement, le séisme du 12 janvier est venu interrompre cette dynamique.
L’inauguration de cet espace était prévue pour le 30 janvier, mais le séisme du 12 janvier a également détruit notre local central, situé à proximité du Ministère du Commerce, au Champ de Mars.
Malgré tout, des acquis importants avaient déjà été posés.
D’ailleurs, Madame la Directrice générale vient d’en faire état.
Vingt ans après : une institution qui a résisté au temps
Vingt ans après, le CFI est devenu un point d’entrée et une référence pour les investisseurs.
À l’époque, nous disions qu’il devait devenir le « point de chute » de tous les investisseurs et de tous les investissements en Haïti.
Le CFI a également contribué à structurer le dialogue entre les secteurs public et privé.
Il a introduit une nouvelle logique au sein de l’administration publique : celle de la facilitation comme métier, comme compétence et comme véritable ingénierie publique.
Dans plusieurs secteurs, cette approche a permis de réduire significativement les délais de traitement des dossiers.
Les projets accompagnés ont également contribué à la création de plusieurs milliers d’emplois formels, notamment dans l’industrie, les services et les zones d’activités économiques.
Je tiens à rappeler que Madame Prophète vient elle-même de faire état de ces différentes réalisations.
Aujourd’hui, 20 ans plus tard, le CFI n’est plus une institution récente.
C’est une institution éprouvée, confrontée certes à un environnement encore plus complexe.
Les enjeux ont évolué.
L’investissement doit désormais être davantage ciblé sur le plan territorial, plus durable, mieux articulé avec les politiques publiques et plus attentif au développement du capital humain.
Le CFI n’a pas besoin d’être réinventé.
Il a besoin d’être consolidé, modernisé et protégé.
Protégé contre les pressions à court terme, contre les logiques de personnalisation et contre tout ce qui pourrait l’éloigner de sa véritable mission.
La continuité institutionnelle : un choix politique fort
Aux décideurs publics, que voudrais-je dire ?
La continuité institutionnelle constitue un acte politique fort.
Nous l’avons vu : un pays ne se développe pas en recommençant constamment à zéro.
Sans institutions économiques solides, il ne peut y avoir de véritable souveraineté.
Aux partenaires techniques et financiers, je voudrais également adresser ce message : l’enjeu n’est pas uniquement de multiplier les projets, mais également de consolider les institutions qui permettent à ces projets d’être viables et durables.
Appuyer le CFI, c’est renforcer notre capacité nationale à transformer l’investissement en développement réel.
Et aux investisseurs, qui sont des acteurs essentiels de cette dynamique, je voudrais dire ceci :
Haïti n’est certes pas un pays sans contraintes.
Mais un pays attractif n’est pas nécessairement un pays sans contraintes.
C’est avant tout un pays où les contraintes sont clairement identifiées, assumées et gérées.
Un message aux dirigeants du CFI
Enfin, à celles et ceux qui dirigent aujourd’hui le CFI, je voudrais adresser un message particulier :
Faites de la compétence votre première ligne d’attaque et votre première ligne de défense.
Une institution forte ne fait pas nécessairement beaucoup de bruit.
Elle résiste au temps.
Et le CFI a résisté au temps.
En 2006, nous avons semé.
En 2026, le CFI est toujours là et il récolte les fruits de ce qui a été construit.
Cela mérite d’être reconnu, respecté et renforcé.
Je souhaite donc au CFI non seulement une longue vie, mais surtout une utilité renouvelée, au service du développement économique d’Haïti et de l’avenir de notre pays.
Je vous remercie de votre attention.
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