Le CFI renforce la présence d’Haïti auprès des investisseurs japonais

La participation du Centre de Facilitation des Investissements (CFI) au Japan–LAC Business Forum 2026, organisé les 24 et 25 août à Tokyo, a permis de présenter Haïti comme une destination potentielle d’investissement et d’établir des contacts avec plusieurs entreprises et réseaux japonais. Cette mission ouvre des perspectives dans l’agroalimentaire, les infrastructures, l’énergie, la logistique, l’innovation technologique et l’économie circulaire.

La titulaire de la Direction de la Promotion des Investissements (DPI) du CFI, Farah Thermidor Joseph a pris part au « Japan–LAC Business Forum 2026 ». Une opportunité pour la DPI de promouvoir les opportunités économiques d’Haïti et à développer de nouvelles relations avec des investisseurs, des entreprises et des institutions internationales.

Cette rencontre de haut niveau a réuni à Tokyo des acteurs publics, financiers, industriels et technologiques engagés dans le renforcement des relations économiques entre le Japon, l’Amérique latine et les Caraïbes. Pour le CFI, cette participation représentait une occasion de mieux faire connaître le potentiel haïtien, mais aussi d’identifier des partenaires capables d’apporter des capitaux, des technologies, une expertise technique ou un accès à de nouveaux marchés.

Des secteurs stratégiques pour Haïti

Les échanges organisés durant la première journée du Forum ont porté sur plusieurs secteurs directement liés aux priorités économiques d’Haïti. Les discussions ont notamment concerné les infrastructures résilientes, les énergies renouvelables, la logistique, l’agriculture, les systèmes alimentaires durables, la transformation numérique, l’innovation et le financement des entreprises.

Une attention particulière a été accordée à la préparation de projets bancables. Un projet est considéré comme bancable lorsqu’il est suffisamment documenté, structuré et viable pour obtenir un financement. Les discussions ont montré que la disponibilité des capitaux ne suffit pas : les pays doivent également présenter des projets solides, assortis d’études crédibles, de garanties appropriées et d’un cadre clair de mise en œuvre.

Cet enseignement revêt une importance particulière pour Haïti. Afin d’attirer davantage d’investissements, le pays doit continuer à structurer ses opportunités, à réduire les risques et à proposer aux partenaires étrangers des projets concrets dans lesquels les responsabilités, les besoins financiers et les retombées attendues sont clairement établis.

Les mécanismes de financement évoqués durant le Forum comprennent les prêts, les garanties, les cofinancements, le financement mixte ainsi que différents instruments destinés à réduire les risques supportés par les investisseurs.

L’agroalimentaire comme porte d’entrée vers le marché japonais

L’agriculture et l’agroalimentaire figurent parmi les domaines présentant les perspectives les plus immédiates. Les échanges ont mis en évidence les possibilités offertes par l’agriculture de précision, la mécanisation, l’irrigation, la traçabilité, la chaîne du froid, la sécurité sanitaire et la transformation des produits agricoles.

Le café, le cacao et certains produits alimentaires transformés pourraient notamment servir de points d’entrée sur le marché japonais. Ce marché demeure toutefois très exigeant en matière de qualité, de certification, de traçabilité et de régularité de l’approvisionnement.

Le CFI prévoit, dans cette perspective, d’entamer des échanges avec les producteurs, exportateurs et autres acteurs des filières concernées. L’objectif est d’évaluer les capacités de production disponibles et de préparer une offre répondant aux standards du marché japonais.

Douze contacts d’affaires recensés

La deuxième journée du Forum a été consacrée aux rencontres individuelles et au réseautage d’affaires. Au total, douze contacts ont été recensés et évalués en fonction de leur secteur d’activité, de leur présence régionale et de leur capacité potentielle à contribuer à des projets en Haïti.

Cinq interlocuteurs ont été identifiés comme particulièrement prometteurs. Ils représentent des entreprises ou des réseaux actifs dans le commerce agroalimentaire, l’investissement multisectoriel, les infrastructures, la valorisation des déchets agricoles et la mise en relation avec le secteur privé japonais.

Parmi eux figurent Ataka Trading et Yutaka Trading, deux entreprises susceptibles de faciliter l’accès de produits agricoles haïtiens au marché japonais. Le CFI entend poursuivre les discussions autour du café, du cacao et d’autres produits transformés.

Toyota Tsusho Corporation constitue également un interlocuteur stratégique en raison de ses activités dans les Amériques et les Caraïbes. Les possibilités de collaboration pourraient concerner la mobilité, la logistique, les chaînes d’approvisionnement, l’énergie, les infrastructures et différents partenariats industriels.

Dans le domaine de l’économie circulaire, l’entreprise SWUNG Ltd présente un intérêt particulier pour la valorisation des résidus agricoles, la production d’intrants organiques et le développement éventuel de solutions liées aux bioénergies. Un projet pilote adapté aux réalités haïtiennes pourrait être exploré.

Le CFI entend également renforcer ses liens avec l’Association japonaise pour l’Amérique latine et les Caraïbes, l’AJALAC. Ce réseau pourrait faciliter l’accès à d’autres entreprises japonaises susceptibles de s’intéresser aux possibilités économiques offertes par Haïti.

Infrastructures résilientes et transfert de technologies

Les infrastructures ont occupé une place importante dans les discussions, notamment sous l’angle de la gestion des catastrophes, de la résilience climatique et de la performance des systèmes d’énergie, de transport et d’approvisionnement en eau.

Pour Haïti, fortement exposée aux risques naturels et climatiques, l’intégration de normes de résilience dans la conception des projets constitue à la fois une nécessité et un facteur d’attractivité. Des infrastructures mieux préparées aux catastrophes réduisent les risques, protègent les investissements et renforcent la continuité des activités économiques.

La mission a aussi permis d’identifier des possibilités dans la transformation numérique, l’agri-tech, la fintech, la santé numérique et les services aux entreprises. Ces secteurs offrent des perspectives de transfert technologique, de développement de compétences et de modernisation des méthodes de production.

Transformer les contacts en projets concrets

À la suite du Forum, le CFI prévoit un suivi personnalisé auprès des interlocuteurs jugés prioritaires. Un dossier de présentation consacré aux investissements en Haïti sera préparé en anglais. Il comprendra les secteurs prioritaires, les avantages compétitifs du pays, les procédures applicables et une sélection de projets susceptibles d’être examinés par des partenaires japonais.

Des rencontres de suivi seront également proposées aux entreprises intéressées. Parallèlement, une cartographie des acteurs japonais présents ou intéressés dans les Caraïbes sera progressivement constituée.

Le CFI prendra aussi contact avec l’Ambassade du Japon en Haïti afin d’assurer le suivi institutionnel de la mission et d’explorer les possibilités de coopération et d’accompagnement.

La participation au Japan–LAC Business Forum 2026 marque ainsi une nouvelle étape dans les efforts de diversification des partenariats économiques d’Haïti. Le principal défi consiste désormais à convertir les relations établies à Tokyo en projets structurés, en partenariats commerciaux et en investissements capables de soutenir durablement la production, l’innovation et la création d’emplois dans le pays.

Unité Communication/CFI

AyitiKa : de la racine à la tablette, l’ambition d’un chocolat haïtien d’excellence

À Torbeck, dans le Sud d’Haïti, là où les plantations de cacao épousent encore la terre humide et généreuse des campagnes, AyitiKa transforme le cacao local en produits finis avec une ambition assumée : faire émerger un chocolat haïtien capable de rivaliser par sa qualité tout en portant l’empreinte du terroir national. Entre les mains des artisans de l’entreprise, la fève cesse d’être une simple richesse agricole destinée à l’exportation brute ; elle devient le symbole d’une chaîne de valeur reconstruite sur le sol haïtien.

Durant la mission « Success Story » du Centre de Facilitation des Investissements (CFI), la délégation a découvert une entreprise où se mêlent discipline industrielle, passion entrepreneuriale et attachement profond à l’agriculture locale. Dans les ateliers d’AyitiKa, les odeurs de cacao torréfié empestent l’air comme une promesse de transformation économique possible. « Ce que nous avons observé ici dépasse la simple fabrication de chocolat », souligne un membre de la délégation du CFI. « Il s’agit d’un projet structuré qui démontre que la transformation locale peut devenir un véritable levier de développement régional. »

Une phrase résume à elle seule la philosophie de l’entreprise : « de la racine à la tablette ». « Nous voulons prouver qu’Haïti peut produire un chocolat d’excellence à partir de ses propres ressources », confie Chesnel Jean. « Chaque tablette raconte une partie de notre territoire, de notre climat et du travail de nos producteurs. » Chez AyitiKa, le cacao n’est pas uniquement une matière première ; il devient un générateur de valeur ajoutée, d’emplois et d’opportunités pour les cultivateurs. Cette logique tranche avec un modèle économique longtemps dominé par l’exportation des matières premières sans transformation locale. « Trop souvent, nos richesses quittent le pays à l’état brut », explique Chesnel Jean. « Nous avons choisi de garder ici une partie de cette valeur afin qu’elle profite aussi aux communautés et aux familles qui cultivent le cacao. »

Jean Chesnel Jean, PDG de Ayitika échangeant avec des collaborateurs

Sur place, le CFI constate d’ailleurs la maîtrise des procédés de transformation ainsi que le savoir-faire technique observé au sein de l’unité de production. De la sélection des fèves jusqu’au conditionnement, chaque étape témoigne d’une recherche constante de qualité. L’entreprise développe plusieurs produits dérivés du cacao dont :  tablettes, poudre et autres préparations. Une attention particulière est accordée à la présentation et à l’identité visuelle des produits. « Le consommateur ne doit pas seulement goûter un chocolat », estime une technicienne de l’entreprise. « Il doit aussi ressentir l’histoire, le soin et la culture qui l’accompagnent.

Mais AyitiKa ne se limite pas à une ambition industrielle. L’entreprise apparaît aussi comme un acteur profondément enraciné dans sa communauté. Son potentiel d’impact économique et social est reconnu, notamment en matière de création d’emplois et d’accompagnement des producteurs locaux de cacao. Dans cette partie du Sud, où les difficultés économiques et les incertitudes pèsent souvent sur les activités agricoles, l’entreprise représente une source d’espoir discrète mais tangible. « Lorsqu’un producteur sait que son cacao sera acheté et valorisé localement, cela change sa perspective », souligne un agriculteur partenaire. « Il ne vend plus seulement une récolte ; il participe à une aventure collective. »

Derrière cette dynamique se trouve une équipe passionnée conduite par Jean Chesnel Jean, qui tente de bâtir une entreprise moderne sans renoncer aux ressources locales ni au potentiel agricole haïtien. Entre sciences, innovation et enracinement territorial, AyitiKa cherche à imposer un modèle où la modernité industrielle dialogue avec les réalités rurales du pays. « Nous avançons avec nos moyens, nos contraintes et nos rêves », affirme l’entrepreneur. « Mais nous croyons profondément que l’agriculture haïtienne peut nourrir une industrie forte et durable. »

Dans un pays où les matières premières sont encore largement exportées sans transformation, AyitiKa défend une autre logique : produire, transformer et valoriser localement. Cette approche rejoint précisément la vision portée par le CFI à travers son programme des Opportunités d’Investissement Local (OIL), qui vise à identifier et accompagner des initiatives capables de structurer davantage les économies régionales.

Au milieu des défis économiques et logistiques, AyitiKa fait ainsi le pari de la patience, du savoir-faire et de la transformation locale. Un pari où chaque fève de cacao devient, à sa manière, une petite victoire contre la fatalité.

Unité Communication CFI