AyitiKa : de la racine à la tablette, l’ambition d’un chocolat haïtien d’excellence

À Torbeck, dans le Sud d’Haïti, là où les plantations de cacao épousent encore la terre humide et généreuse des campagnes, AyitiKa transforme le cacao local en produits finis avec une ambition assumée : faire émerger un chocolat haïtien capable de rivaliser par sa qualité tout en portant l’empreinte du terroir national. Entre les mains des artisans de l’entreprise, la fève cesse d’être une simple richesse agricole destinée à l’exportation brute ; elle devient le symbole d’une chaîne de valeur reconstruite sur le sol haïtien.

Durant la mission « Success Story » du Centre de Facilitation des Investissements (CFI), la délégation a découvert une entreprise où se mêlent discipline industrielle, passion entrepreneuriale et attachement profond à l’agriculture locale. Dans les ateliers d’AyitiKa, les odeurs de cacao torréfié empestent l’air comme une promesse de transformation économique possible. « Ce que nous avons observé ici dépasse la simple fabrication de chocolat », souligne un membre de la délégation du CFI. « Il s’agit d’un projet structuré qui démontre que la transformation locale peut devenir un véritable levier de développement régional. »

Une phrase résume à elle seule la philosophie de l’entreprise : « de la racine à la tablette ». « Nous voulons prouver qu’Haïti peut produire un chocolat d’excellence à partir de ses propres ressources », confie Chesnel Jean. « Chaque tablette raconte une partie de notre territoire, de notre climat et du travail de nos producteurs. » Chez AyitiKa, le cacao n’est pas uniquement une matière première ; il devient un générateur de valeur ajoutée, d’emplois et d’opportunités pour les cultivateurs. Cette logique tranche avec un modèle économique longtemps dominé par l’exportation des matières premières sans transformation locale. « Trop souvent, nos richesses quittent le pays à l’état brut », explique Chesnel Jean. « Nous avons choisi de garder ici une partie de cette valeur afin qu’elle profite aussi aux communautés et aux familles qui cultivent le cacao. »

Jean Chesnel Jean, PDG de Ayitika échangeant avec des collaborateurs

Sur place, le CFI constate d’ailleurs la maîtrise des procédés de transformation ainsi que le savoir-faire technique observé au sein de l’unité de production. De la sélection des fèves jusqu’au conditionnement, chaque étape témoigne d’une recherche constante de qualité. L’entreprise développe plusieurs produits dérivés du cacao dont :  tablettes, poudre et autres préparations. Une attention particulière est accordée à la présentation et à l’identité visuelle des produits. « Le consommateur ne doit pas seulement goûter un chocolat », estime une technicienne de l’entreprise. « Il doit aussi ressentir l’histoire, le soin et la culture qui l’accompagnent.

Mais AyitiKa ne se limite pas à une ambition industrielle. L’entreprise apparaît aussi comme un acteur profondément enraciné dans sa communauté. Son potentiel d’impact économique et social est reconnu, notamment en matière de création d’emplois et d’accompagnement des producteurs locaux de cacao. Dans cette partie du Sud, où les difficultés économiques et les incertitudes pèsent souvent sur les activités agricoles, l’entreprise représente une source d’espoir discrète mais tangible. « Lorsqu’un producteur sait que son cacao sera acheté et valorisé localement, cela change sa perspective », souligne un agriculteur partenaire. « Il ne vend plus seulement une récolte ; il participe à une aventure collective. »

Derrière cette dynamique se trouve une équipe passionnée conduite par Jean Chesnel Jean, qui tente de bâtir une entreprise moderne sans renoncer aux ressources locales ni au potentiel agricole haïtien. Entre sciences, innovation et enracinement territorial, AyitiKa cherche à imposer un modèle où la modernité industrielle dialogue avec les réalités rurales du pays. « Nous avançons avec nos moyens, nos contraintes et nos rêves », affirme l’entrepreneur. « Mais nous croyons profondément que l’agriculture haïtienne peut nourrir une industrie forte et durable. »

Dans un pays où les matières premières sont encore largement exportées sans transformation, AyitiKa défend une autre logique : produire, transformer et valoriser localement. Cette approche rejoint précisément la vision portée par le CFI à travers son programme des Opportunités d’Investissement Local (OIL), qui vise à identifier et accompagner des initiatives capables de structurer davantage les économies régionales.

Au milieu des défis économiques et logistiques, AyitiKa fait ainsi le pari de la patience, du savoir-faire et de la transformation locale. Un pari où chaque fève de cacao devient, à sa manière, une petite victoire contre la fatalité.

Unité Communication CFI

Reb Lokal : l’entreprise qui redonne de la valeur aux récoltes locales

À Jérémie, une entreprise née modestement vient rappeler qu’en Haïti la richesse ne dort pas seulement dans les champs. Elle renaît aussi dans les ateliers où l’on transforme, emballe et remet en circulation la saveur du terroir, le goût pays. L’entreprise Reb Lokal est derrière cette vision qui s’installe désormais comme une référence dans la région.

Dans la Grand’Anse, certaines entreprises avancent sans vacarme. Elles ne font pas toujours La Une, mais elles déplacent déjà une ligne essentielle : celle qui sépare la récolte perdue de la valeur retrouvée. C’est dans cet espace discret que s’est imposée Reb Lokal, en faisant le pari de transformer sur place ce que la terre haïtienne continue d’offrir, malgré les secousses du temps.

Rebetha Charles, fondatrice de Reblokal, posant pour une photo de souvenir avec Stiven Aimable, Responsable de la section développement local au CFI

Fondée en 2020 par l’agronome Rebetha Charles, ce PME a commencé depuis une cuisine, avec les chips de banane comme premier produit. « Nous avons commencé petit, avec presque rien, mais avec la conviction que nos produits locaux avaient une valeur immense », raconte l’entrepreneure. « Dès le départ, notre objectif était clair : transformer ce que le pays produit et montrer qu’Haïti peut créer de la qualité à partir de ses propres ressources. »

Le pari gagnant du “consommer local” en Haïti

Depuis, le geste initial a pris de l’ampleur. En 2026, Reb Lokal est présentée comme une structure forte avec plus d’une cinquantaine de produits transformés et d’une quinzaine d’emplois directs. Le site de l’entreprise met aujourd’hui en avant une offre issue des récoltes locales tels que : café torréfié, boules de chocolat, gingembre séché, beurres d’arachide, chips et autres dérivés. Ajouter à cela, un engagement affiché pour des produits 100 % locaux, sans additifs artificiels, préparés selon des standards d’hygiène et de sécurité revendiqués par la marque. « Chaque produit raconte une partie du terroir haïtien », explique Rebetha Charles. « Nous voulons que les consommateurs retrouvent dans nos produits le goût du pays, mais aussi une certaine fierté de consommer local. »

Quelques produits commercialisés par Reblokal

Cette orientation n’a rien d’anecdotique. Dans le Grand Sud, le fruit à pain, produit abondant et stratégique, peut subir jusqu’à 80 % de pertes post-récolte faute de logistique, d’équipements et de transformation adaptés. Dans un pays où plus de 5,8 millions de personnes vivent encore en insécurité alimentaire aiguë, sauver une matière première de la perte pour la convertir en farine, en chips ou en produit fini relève autant de l’économie que d’une forme de résistance. Chaque unité de transformation locale devient alors un barrage modeste, mais réel, contre le gaspillage et le découragement. « Quand un produit pourrit faute de débouchés, c’est tout le travail du paysan qui disparaît », souligne la fondatrice. « Transformer localement, c’est créer de la valeur, mais c’est aussi protéger des efforts, des revenus et parfois même la dignité de familles entières. »

C’est aussi le sens du discours porté publiquement par le Centre de Facilitation des Investissement. L’institution présente l’agro-industrie comme un passage nécessaire entre dépendance alimentaire et souveraineté productive : transformer sur place, structurer les chaînes de valeur, certifier les produits et viser des marchés plus formels. En 2026, le CFI-InvestHaiti a réaffirmé sa volonté d’identifier et de promouvoir des opportunités spécifiques au Sud et à la Grand’Anse. Dans cette perspective, Reb Lokal ne relève pas du simple exemple sympathique. L’entreprise incarne l’une des preuves les plus concrètes que la transformation de proximité peut encore ouvrir un horizon économique au pays réel. « Nous ne voulons pas seulement vendre des produits », insiste Rebetha Charles. « Nous voulons participer à une économie plus enracinée, où les producteurs, les transformateurs et les consommateurs avancent ensemble. »

 Le maître-mot : la résilience

Le tableau serait incomplet si l’on en effaçait les difficultés. En Haïti, le tissu des petites et moyennes entreprises demeure fragile. Le CFI-InvestHaiti relevait déjà en 2018 que 58 % des MPME recensées n’étaient pas enregistrées, et que l’accès à l’électricité, à l’eau et au financement figurait parmi les principaux obstacles. Dans la Grand’Anse, ces entreprises représentaient pourtant 2 407 emplois recensés. Pour une structure comme Reb Lokal, la prochaine étape se joue donc dans la consolidation : qualité constante, traçabilité, emballage, conformité et capacité à durer dans un environnement encore heurté. « Chaque étape demande des sacrifices », reconnaît l’entrepreneure. « Mais nous avons appris à avancer malgré les coupures d’électricité, les difficultés de transport et les contraintes économiques. La résilience est devenue une discipline quotidienne. »

L'espace commercial de Reblokal sis au #11, Rue Brouette, Jérémie

Mais c’est précisément là que l’espoir devient crédible. Sur son site, l’entreprise donne à voir des producteurs et des coopératives qui disent trouver enfin des débouchés plus sûrs pour leurs récoltes de bananes, de manioc et d’autres produits du terroir. Cela peut sembler modeste à l’échelle d’une crise nationale. Pourtant, à Jérémie, chaque récolte sauvée du gaspillage, chaque matière première transformée sur place, chaque produit local mis en rayon raconte autre chose qu’un simple commerce : une manière de tenir, de créer sans renoncer, et de rappeler que le pays peut encore se relever par ce qu’il produit lui-même. « Nous croyons encore dans le potentiel de cette terre », affirme Rebetha Charles. « Tant qu’il y aura des producteurs, des jeunes prêts à travailler et des consommateurs attachés aux produits locaux, il y aura de l’espoir. »

Et peut-être, est-ce là la plus grande victoire de Reb Lokal : rappeler qu’au cœur des crises, des routes difficiles et des fragilités économiques, il existe encore en Haïti des mains qui sèment, transforment et bâtissent. À Jérémie, entre les parfums de cacao, de manioc et de fruit à pain, une petite industrie locale continue ainsi d’écrire, loin du tumulte, une discrète mais précieuse leçon d’avenir : celle d’un pays qui peut encore puiser dans sa propre terre les ressources de sa renaissance.

Pour contacter Reblokal :

11, Rue Brouette, Jérémie, Grand'Anse

contact@reblokal.com / www.reblokal.com

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