
Le mercredi 30 septembre 2025 marque un tournant critique pour Haïti. Après près de deux décennies d'avantages commerciaux, les programmes HOPE (Haitian Hemispheric Opportunity through Partnership Encouragement) et HELP (Haiti Economic Lift Program) ont officiellement expiré, mettant en péril le principal moteur économique du pays le plus pauvre de l'hémisphère occidental.
Un pilier économique qui s'effondre
Le secteur textile haïtien, qui représente 90% des exportations du pays et environ 93% des exportations vers les États-Unis, fait face à une crise sans précédent. Depuis 2006, ces programmes permettaient aux vêtements fabriqués en Haïti d'entrer sur le marché américain sans droits de douane, attirant des marques prestigieuses comme Hanes, Calvin Klein, Gap et Victoria's Secret.
Les chiffres sont alarmants. Alors que l'industrie employait encore 60 000 personnes en 2021, seuls 26 000 emplois subsistent aujourd'hui. Le parc industriel de Codevi, à la frontière dominicaine, concentre à lui seul 18 000 de ces postes. Le parc de Caracol, inauguré en 2012 dans le nord avec 300 millions de dollars d'investissements américains et multilatéraux, ne compte plus que 2 000 emplois, loin des milliers promis.
Une double pénalité tarifaire
L'expiration du programme n'est que le premier coup. Désormais, les importateurs américains devront payer entre 20% et 30% de droits de douane sur les produits haïtiens. À cela s'ajoute un tarif réciproque de 10% instauré par l'administration Trump, éliminant complètement l'avantage compétitif d'Haïti face aux géants de la production textile asiatique.
Un renouvellement qui n'a pas eu lieu
L'Association des Industries d'Haïti (ADIH) avait espéré un renouvellement lors de la session législative de décembre 2024. Initialement incluse dans la Résolution Continue destinée à financer le gouvernement américain, la reconduction des programmes HOPE-HELP a été retirée du texte final. Face aux oppositions internes au Congrès, les législateurs ont opté pour une version simplifiée du texte, passant de 1 500 à 300 pages et se limitant aux dépenses nationales essentielles.
L'ADIH a pris acte de cette déception le 22 décembre 2024, tout en affirmant sa détermination à intensifier ses efforts de lobbying pour obtenir une réautorisation. L'association plaide pour une extension jusqu'en 2035, jugée nécessaire pour maintenir la compétitivité du pays et attirer les investisseurs étrangers.
Des conséquences sociales dramatiques
Au-delà des statistiques économiques, c'est toute la stabilité sociale d'Haïti qui est menacée. Fernando Capellán, président du parc industriel de Codevi, exprime son inquiétude au Wall Street Journal : « Sans ces emplois, nous verrons plus de gens dans la rue, plus de gens attirés par la criminalité et les gangs. »
Les acteurs économiques haïtiens redoutent un effet domino. La fermeture des usines, particulièrement dans le nord-est du pays, accentuerait la pauvreté dans des régions déjà fragiles et renforcerait le recrutement des jeunes par les gangs armés qui contrôlent déjà de vastes territoires. « Qu'est-ce qui assure la sécurité des emplois ? » s'interroge Maulik Radia, membre de l'Association des industries haïtiennes.
Un historique de soutien américain
Le programme HOPE, initié en 2006, a été élargi en 2008 avec HOPE II, qui introduisait des mécanismes de contrôle du respect des droits humains au travail conformément aux conventions de l'OIT. Après le séisme dévastateur du 12 janvier 2010, le programme HELP a été adopté en mai 2010, prolongeant et renforçant les avantages jusqu'en 2020. Une extension supplémentaire accordée en 2015 devait maintenir ces préférences jusqu'en septembre 2025.
Ces programmes permettaient l'accès en franchise douanière à environ 1 500 produits dans le cadre du Système généralisé de préférences. Bien que le pays se soit principalement concentré sur la production de masse (T-shirts en coton, jeans, vêtements sportifs), de nombreux avantages offerts par les lois HOPE-HELP n'ont jamais été pleinement exploités, notamment pour les produits textiles plus élaborés, tricotés ou brodés, les vêtements professionnels et les articles de bagagerie.
L'avenir incertain
Alors que les négociations se poursuivent, Haïti se trouve à un carrefour critique. L'ADIH et ses partenaires ont reporté leurs espoirs sur l'année 2025, appelant tous les acteurs concernés à unir leurs forces. Pour eux, les programmes HOPE-HELP sont « bien plus qu'une simple opportunité économique » : ils représentent un accès privilégié au marché américain, un environnement propice à l'investissement étranger et la préservation de dizaines de milliers d'emplois dans l'un des piliers de l'économie nationale.
Sans action rapide du Congrès américain, c'est non seulement l'industrie textile haïtienne qui risque de disparaître, mais aussi l'un des rares secteurs formels générateurs d'emplois dans un pays déjà confronté à une crise humanitaire, politique et sécuritaire sans précédent. La question qui se pose maintenant est de savoir si Washington reconnaîtra l'importance stratégique de soutenir « une Haïti stable et économiquement viable », comme le réclame l'ADIH.
Pour aller plus loin :
HOPE/HELP Legislation Extension 2021. (s. d.). Embassy Of Haiti. https://www.haiti.org/hope-help-legislation-extension-2021/
Haïti-Sous-traitance/Lois Hope-Help : L’économiste Joseph Harold Pierre alerte sur les lourdes conséquences d’un non-renouvellement. (s. d.). https://www.alterpresse.org/spip.php?article32300
Loi Hope Help expirée : 15 000 à 20 000 emplois menacés, l’optimisme demeure. (s. d.). https://lenouvelliste.com/article/260470/loi-hope-help-expiree-15-000-a-20-000-emplois-menaces-loptimisme-demeure



