
« L’agro-industrie haïtienne est un pilier fondamental de l’économie nationale », a tenu à rappeler l’officier Junior de prospection internationale Yves Harry Deslouches, dans les pages d’un rapport stratégique commandé par la Direction de Promotion des Investissements (DPI) du CFI. Et pourtant, ce pilier repose sur des fondations fragiles. Malgré sa contribution de 20 à 25 % au PIB national et son rôle d’employeur de plus de 2,5 millions de personnes, soit 50 % de la population active, le secteur agricole haïtien reste paradoxalement dépendant de l’importation massive de denrées de base.
Riz : symbole de dépendance
Le cas du riz est révélateur. Haïti produit environ 120 000 tonnes de riz par an, soit à peine 25,5 % de sa consommation nationale (470 000 tonnes). Le reste (quelque 350 000 tonnes) est importé, représentant un marché estimé entre 150 et 200 millions USD par an. Or, « cette dépendance alimentaire chronique est une anomalie dans un pays doté de terres fertiles et d’un fort potentiel productif », souligne Deslouches.
Selon le rapport rédigé sous la supervision de la Direction de Promotion, une modernisation de la vallée de l’Artibonite, cœur de la riziculture haïtienne, permettrait d’augmenter la productivité de 30 % grâce à des rizeries modernes, des semences hybrides et des systèmes d’irrigation intelligents.
Cacao et café : richesses dormantes
Le café haïtien, produit dans les hauteurs du Sud-Est et du Centre, jouit d’une reconnaissance internationale. Pourtant, sur 20 000 tonnes produites chaque année, à peine 14 000 sont exportées, principalement par une entreprise qui engrange un chiffre d’affaires de 10 à 15 millions USD. Le marché mondial du café de spécialité, qui croît de 7 % par an selon l’International Coffee Organization (2024), reste donc largement inexploité par Haïti.
Même constat pour le cacao. Une coopérative de la Gran’Anse a montré la voie : en exportant 100 tonnes de cacao certifié biologique en 2023, elle a triplé ses revenus, passant de 200 000 à 600 000 USD et généré 200 emplois. Si cette expérience était répliquée à grande échelle, les exportations pourraient atteindre 20 millions USD d’ici 2030, contre 1 à 2 millions actuellement.
Défis logistiques : l’ennemi invisible
Mais pourquoi Haïti n’exporte-t-elle pas davantage ? La réponse est simple : l’acheminement des récoltes. Selon le rapport de la DPI, les pertes post-récolte atteignent jusqu’à 40 % pour les mangues ou l’arbre à pain, faute d’infrastructures de stockage et de routes carrossables. À cela s’ajoutent les coûts de transport qui peuvent représenter jusqu’à 30 % du coût total d’un produit agroalimentaire transformé.
« Une flotte de camions réfrigérés, combinée à la réhabilitation de routes rurales, changerait la donne », affirme le rapport. Le coût ? Environ 10 millions USD. Mais le retour sur investissement, selon les experts du CFI-Invest Haiti, pourrait atteindre 20 à 25 % en cinq ans.
Vers une souveraineté productive
Pour Yves Harry Deslouches, « l’objectif n’est pas seulement d’exporter, mais d’atteindre la souveraineté productive en remplaçant progressivement les importations ». Cela signifie transformer sur place, créer des chaînes de valeur intégrées, certifier les produits et conquérir les marchés de niche (bio, équitables, sans gluten) aux États-Unis, en Europe, au Japon ou à Dubaï.
Unité de Communication du CFI



